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Dans les déjections des troupeaux domestiques, on observe souvent des coléoptères coprophages, appelés communément « bousiers ». Ces coléoptères se nourrissent d’excréments. Ils sont indispensables à leur dégradation et jouent un rôle clé dans l’équilibre des pâturages.

Des étudiants de l’Institut Agro de Florac ont mené une étude dans une prairie de Daniel Molines, éleveur de bovins sur le mont Lozère afin d'évaluer leur diversité et leur abondance. Leur objectif initial était de comparer, dans une pâture, les populations de coprophages des pelouses et celles des landes à genets. Des pièges ont été installés dans ces deux milieux.

Cette étude a mis en évidence la diversité des coléoptères coprophages observés, et surtout leur abondance dans cette parcelle. Ce nombre important peut être mis en relation avec les conditions météorologiques très favorables au moment des prélèvements et à la période d’émergence de plusieurs espèces, notamment d’Onthofagus fracticornis et d’Onthofagus joannae, qui composaient l’essentiel des effectifs. En tout, une quinzaine d’espèces ont pu être identifiées dont une nouvelle pour le Parc national : Aphodius conjugatus.

La pression de pâturage influe sur le type de bousiers présents. Des chargements faibles en animaux ont tendance à favoriser les télécoprides. Onthophagus fracticornis et Onthofagus joannae, les coléoptères les plus abondants dans la parcelle étudiée, appartiennent au groupe des fouisseurs. Ils enterrent des matières fécales sous les déjections pour nourrir leurs larves. Ils sont par conséquent très performants pour l’intégration de la matière organique dans le sol, fournissant un service écosystémique important.

En assurant la dégradation des bouses, ces insectes participent au bon fonctionnement des écosystèmes pastoraux et contribuent à la bonne santé du troupeau.

Daniel Molines explique : « Je ne vermifuge pas mon troupeau quand mes bêtes sont dehors. Je ne traite que les veaux, en automne, à l’entrée en bâtiment. » Une pratique vertueuse mise en œuvre par de nombreux agriculteurs en bovin viande sur le mont Lozère – dont l’élevage ressort également gagnant ! 

En l’absence de traitements antiparasitaires internes et externes, ou de traitements antibiotiques et anti-inflammatoires, un cercle vertueux s’installe.

Les coléoptères coprophages se développent normalement et limitent les populations de certains diptères ainsi que les parasites gastro-intestinaux des bovins… Pour quelle raison ? Les coprophages, en utilisant les bouses, vont limiter la ressource disponible pour les diptères et les larves des parasites, dont une partie du cycle se déroule dans les bouses. En plus, il se pourrait qu’ils ingèrent accidentellement, de temps en temps, des œufs de parasites. Et enfin, les coléoptères véhiculent de bouses en bouses des acariens qui eux-mêmes s’attaquent aux larves des parasites de vaches ! 

Quand les éleveurs vermifugent leurs animaux au pâturage avec des molécules écotoxiques, les résidus de ces produits peuvent fortement affecter la survie et la reproduction des coléoptères coprophages, brisant cet équilibre. 

Une réduction de l’abondance des bousiers a pour conséquence de ralentir la décomposition des bouses, impactant ainsi le bon renouvellement de l’herbe et empêchant la régulation naturelle des organismes parasites.

Même si l’inventaire réalisé reste partiel, l’abondance des coprophages dans la parcelle de Daniel Molines reflète la bonne santé fonctionnelle de l’écosystème et des pratiques agropastorales vertueuses.

Mars - 2025